On me demande régulièrement si je réalise des créations sur mesure. Certaines créatrices le proposent : un client imagine un modèle, apporte une photo ou demande une adaptation précise. Mais ce n’est pas un fonctionnement qui me correspond, ni à moi, ni à Luunka.
Une question de vision créative
Je crée un univers qui m’est propre, avec mes modèles et mes inspirations. Chaque modèle est pensé et conçu avec soin pour refléter une esthétique particulière. Accepter des personnalisations reviendrait à concevoir des pièces qui ne me ressemblent pas et qui perdraient l’âme de Luunka.
Un travail qui demande du temps et qui a un coût
Quand je crée un nouveau modèle, le travail commence bien avant la couture : réflexion sur le design, création du patron, réalisation d’un prototype, ajustements… Une fois le modèle validé, je le décline ensuite avec différents tissus japonais et velours.
Ce fonctionnement me permet d’amortir le temps de création du patron sur plusieurs pièces, rendant ce travail invisible dans le prix final.
Créer un modèle unique sur demande impliquerait de refaire tout ce processus pour une seule pièce. Le temps passé ne pouvant pas être réparti, le prix serait logiquement beaucoup plus élevé, souvent bien au-delà de ce que les clients imaginent.
Des attentes parfois difficiles à concilier
Le sur-mesure peut sembler séduisant, mais il implique aussi des attentes parfois floues ou irréalistes.
Un sac imaginé sans connaître les contraintes techniques peut mener à des incompréhensions, voire à des déceptions.
De nature plutôt anxieuse, je préfère éviter ces situations. J’ai besoin d’un cadre clair, maîtrisé, pour créer sereinement.
Mon fonctionnement créatif
Il y a aussi une réalité plus personnelle.
J’ai longtemps dit que j’avais « du mal à prendre des commandes ». En réalité, elles me coûtent énormément… pas en temps, mais en énergie mentale.
Quand je crée, je fonctionne par séries. Je choisis mes modèles, mes tissus, mes velours, puis j’entre dans ce que j’appelle un tunnel.
Une fois dedans, je suis totalement absorbée. Si je commence une série de sacs, je dois la terminer. Je ne peux pas intercaler une autre tâche, même petite.
Ce fonctionnement est typique des cerveaux neuroatypiques : un mélange d’hyperfocus et de besoin de clôture. Tant qu’une tâche n’est pas terminée, il m’est impossible d’en commencer une autre sans tout désorganiser.
Une commande personnalisée qui arrive en plein milieu de ce tunnel devient alors une source de stress… car je dois absolument finir ma série de sacs au plus vite avant de pouvoir m’en occuper, même si cela me prend des jours.
Alors je culpabilise, je me mets la pression et j’ai l’impression de ne jamais aller assez vite.
Créer librement, proposer ensuite
Ce que je préfère, c’est créer dans ma bulle, suivre mon rythme, mon inspiration du moment, aller au bout de mes séries… puis vous proposer mes créations lorsqu’elles sont prêtes.