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Pourquoi je fais beaucoup moins de marchés ?

    Les marchés artisanaux sont une belle opportunité pour rencontrer des clients. Pendant longtemps, ils ont aussi fait partie intégrante de mon activité. Et puis, au fil des années, j’ai pris du recul.

    Un investissement physique et mental important

    Un marché, ce n’est pas seulement « être là pour vendre ».

    C’est se lever très tôt, charger la voiture, installer son stand, rester debout toute la journée, parfois dans le froid, parfois sous une chaleur écrasante. Puis démonter le stand, recharger la voiture, rentrer, vider la voiture, ranger le stand et les créations.

    Quand ces journées s’enchaînent, la fatigue s’accumule vite et l’énergie dépensée devient difficile à compenser.

    Des marchés trop nombreux

    Depuis quelques années, les marchés artisanaux se multiplient. Ils se ressemblent, se répètent et l’engouement du public s’essouffle. Résultat : une fréquentation en baisse et des ventes souvent décevantes au regard de l’investissement demandé.

    Des marchés trop semblables

    À cela s’ajoute un manque de diversité : trop souvent, on retrouve une forte concentration de métiers identiques, au détriment d’autres savoir-faire. Cette concurrence directe nuit autant aux artisans qu’aux visiteurs, qui ont l’impression de voir toujours la même chose.

    Des niveaux d’engagement très différents

    Certains artisans, comme moi, vivent pleinement de leur activité et y consacrent tout leur temps, leur énergie et leurs ressources. D’autres ont une activité principale à côté, voire ne sont pas déclarés, et voient les marchés comme un simple complément.

    Cette différence d’investissement se ressent dans les stands, les prix, la qualité des créations. Et pour les clients, la frontière devient floue. Le fait-main est parfois perçu comme approximatif ou « bricolé », ce qui dessert l’artisanat dans son ensemble.

    Les marchés… et moi

    Avant, je faisais beaucoup plus de marchés. Et puis j’ai ralenti.

    Au début, je pensais que c’était simplement à cause de « ma timidité » et de la fatigue que je ressentais suite à ces journées.

    Puis j’ai appris que j’étais neuroatypique.

    Je sais m’adapter, échanger, sourire, présenter mon travail. Mais chaque interaction me demande de l’énergie. Quand on passe une journée entière à parler à des dizaines de personnes, à gérer les sollicitations, les questions, les bruits, les odeurs, les musiques, le vent, les cris… ce n’est pas juste fatigant.

    C’est sensoriellement écrasant. Mon cerveau ne filtre pas. Il capte tout. Et je rentre vidée.

    Choisir plutôt que subir

    Aujourd’hui, je ne dis pas non aux marchés. Je sélectionne.

    Je choisis des événements cohérents avec mon univers, bien organisés, respectueux des artisans et de leur travail. Parce que si je dois dépenser autant d’énergie, autant que ce soit pour une bonne raison.

    Surtout, j’ai appris à me respecter. À doser. À écouter mon corps et mon cerveau.

    Faire moins de marchés, ce n’est pas un recul.

    C’est un choix conscient, pour préserver mon énergie, la qualité de mon travail… et l’équilibre qui me permet de continuer à créer.