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Les ventes doivent-elles être équitables ou naturelles ?

    Dans les boutiques où mes créations sont en dépôt-vente et où les artisans comme moi assurent des permanences à tour de rôle, j’ai parfois été confrontée à des attitudes qui me laissent perplexe.

    Parce que mes créations plaisent et que mes ventes se font naturellement, certains estiment qu’il serait « normal » de détourner des clients de mon stand, au prétexte que je « vends déjà assez ». Parfois même, ces clients sont redirigés vers un autre stand, sous l’argument que « lui ne vend pas », comme si les ventes devaient fonctionner à tour de rôle.

    Il m’est également arrivé de me retrouver avec un stand plus petit ou moins bien placé, sous prétexte que je « n’ai pas besoin de la même visibilité que certains » .

    Mais ces raisonnements sont-ils réellement justes ?

    Comme beaucoup, à mes débuts, je ne vendais pas beaucoup. J’ai traversé les mêmes doutes, les mêmes périodes creuses.

    La différence, c’est que j’ai travaillé : sur mes créations, sur ma gamme, sur ma différenciation, sur la compréhension de mes clientes. J’ai remis mon travail en question, encore et encore, pour progresser.

    C’est ce travail constant qui fait que Luunka fonctionne aujourd’hui.

    Si j’avais choisi la jalousie, la comparaison ou la facilité plutôt que l’évolution et la remise en question, je n’en serais pas là.

    Quant à l’idée du « chacun son tour », sur le papier, elle est séduisante. Dans un monde idéal, elle serait même merveilleuse.

    Mais nous ne vivons pas dans un monde utopique. Et si je suis profondément bienveillante, je ne crois pas non plus au sacrifice de son propre travail pour compenser le manque d’investissement des autres.

    Oui, philosophiquement, le partage est une belle idée.

    Mais si je vends, c’est aussi parce que je travaille énormément depuis mes débuts, que j’ai l’intention d’en vivre, et dignement, et que je mets tout en œuvre pour y parvenir.

    Alors une question se pose : est-il juste de me placer au même niveau que quelqu’un qui n’a pas fait, ou ne souhaite pas faire, ce travail de fond ? Et n’est-ce pas, dans ce cas, profondément injuste de me pénaliser au nom d’une égalité artificielle ?

    Au final, peut-être est-il plus sain, pour les boutiques comme pour les artisans, de laisser les ventes se faire naturellement, sans intervention et sans détournement.

    Car l’équité ne consiste pas à freiner ceux qui avancent, mais à laisser chacun évoluer à la hauteur de son engagement.